Procrastination : stop à la culpabilité

Blog Procédis
Par Emmanuelle Momboisse, le 13 mai 2019 • Articles "Efficacité"

La procrastination ? C’est cette insidieuse partie de vous-même qui vous pousse à faire une multitude de choses passionnantes, sans doute, mais totalement éloignées de votre to do list du jour.

Procrastiner, signifie remettre au lendemain ou à plus tard : « cras » signifie « demain » en latin, et « pro » veut dire « pour ». Pro-cras : « pour demain ».

Prenons l’exemple d’Amélie.

Amélie est experte indépendante spécialité « dommage construction », elle intervient après sinistres pour le compte d’assureurs. Elle travaille seule, et beaucoup.

Aujourd’hui elle dit être « débordée » et … déprimée.

La to do list est infinie :

  • Déplacements multiples pour les expertises,
  • Rapports à rédiger,
  • Gestion technique et administrative de son activité,
  • Maintenance de ses appareils de mesure,
  • Formations obligatoires pour le maintien de ses accréditations,
  • Développement commercial,
  • Site web à mettre à jour,
  • Vie de famille (elle élève seule son fils),
  • Repos et loisirs (quand elle a le temps, donc pas beaucoup) …

Il en va de la survie de son entreprise car en général, ce qui passe à l’as au terme de ses journées bien chargées, c’est la rédaction de ses rapports et la gestion administrative de son activité. Je vous laisse deviner : plus elle tarde à faire le rapport de ses expertises, plus elle tarde à envoyer les factures. Et la sanction est sans appel : facture en retard = paiement en retard. Plus elle tarde à faire sa compta, plus elle est pénalisée financièrement, autrement dit : bénéfices = pertes.

Amélie n’est qu’un exemple parmi d’autres (quelle vie on mène quand même).

Tout le monde procrastine, plus ou moins :

  • 473 millions de dollars : c’est le surplus d’impôts que les Américains ont payé en 2002 pour déclaration fiscale tardive.
  • 80 à 95 % : c’est le pourcentage d’étudiants de premier cycle universitaire touchés par la procrastination en 2007 (étude de Piers Steel, chercheur en psychologie et sciences comportementales).
  • 72 % : c’est le pourcentage des actifs et des étudiants français qui déclarent procrastiner au travail (sondage OpinionWay commandé en 2018 par la société JeChange).

Rassurez-vous, la procrastination est un comportement aussi ancien que l’humanité.

« En suivant le chemin qui s’appelle plus tard, nous arrivons sur la place qui s’appelle jamais »… C’est ce que disait le philosophe romain Sénèque au début de notre ère. Bien avant lui, c’est Hésiode, poète grec qui condamnait la procrastination, (boouuuh … un vrai péché celle-là), comme la paresse d’ailleurs (et paf !). Et encore avant lui, quand l’homme est devenu cultivateur, il a vite compris que « semis tardifs = récolte pourrie = famine ».

Les conséquences de la procrastination peuvent donc être létales.

Pourtant, on sait maintenant, n’en déplaise à Hésiode, que la volonté a bon dos si on ne sait pas comment changer les choses (ouf, nous ne sommes donc pas seulement de misérables et indécrottables paresseux, c’est bon à savoir!).

Aujourd’hui, les études montrent en effet que c’est une question de volonté et de comportement.

Certes, mais les études expliquent que la procrastination relève également du fonctionnement de notre cerveau.

Il y a peu, trois chercheurs de l’université de Chongqing (Chine) ont placé 132 personnes dans une IRM (imagerie à résonance magnétique) après avoir leur avoir fait compléter un questionnaire psychologique pour évaluer leur éventuelle tendance à la procrastination. Ils ont pu voir que le cortex des répondants qui admettaient avoir cette tendance à tout différer laissait apparaître deux zones du cortex hyperactives et une autre beaucoup plus faible. Pas de chance : les premières favorisent le vagabondage mental et la seconde est dédiée à la focalisation et au blocage de ces zones du vagabondage.

Il est difficile de rester focalisé sur quelque chose que nous trouvons ennuyeux.

Nous ressentons alors de l’inconfort, on sent que c’est désagréable et que ça ne nous emballe pas. Notre cerveau, qui ne nous veut que du bien, soyez en sûrs, va alors chercher à minimiser cet inconfort (pour lui, inconfort = danger) par des mesures immédiates : vous détourner de cette tâche au profit d’une autre, plus facile ou plus confortable pour vous. Les personnes qui présentent les zones cérébrales citées ci-dessus ont du mal à « résister » à la tentation et quittent les tâches déplaisantes.

Est-ce à dire que 70% d’entre nous sont condamnés à la procrastination ?

Va-t-on rater sa vie à errer sur internet à regarder des videos de chats et son fil d’actualité toute la journée ?

Oui, je sais, les videos de chats, c’est bien aussi parfois… Et j’avoue sans aucune honte apprécier en regarder certaines parfois et à bien rire…

Mais pour l’instant, revenons à Amélie qui s’ennuie à rédiger son rapport. Oui, pour elle, c’est beurk, c’est du jargon technique, des chiffres partout. En plus elle doit trier un nombre incalculable de photos de chantiers : pas très glamour, surtout à la fin de ses journées qu’elle préfèrerait consacrer à son fils ou à ses amies). Pourtant,  elle sait qu’elle doit le terminer pour envoyer sa facture et être payée.

Son cerveau, qui est là pour lui simplifier la vie et la protéger du danger, vous l’aurez compris, ne va retenir que la première information : rapport = ennui. Il va totalement occulter la deuxième information que la raison juge pourtant prioritaire : rapport + facture = rémunération.

Cela dit, le cerveau n’écarte pas totalement cette dernière notion (ben oui, quand même). Alors, il va poser ce petit dossier dans l’esprit d’Amélie, et le laisser sournoisement en suspens et suffisamment apparent pour qu’elle y pense… Mais Amélie n’est pas pour autant en mesure de s’en occuper dans les temps. Elle se sent alors COUPABLE de ne pas rédiger ce rapport, car elle sait que sa survie financière en dépend. Elle sait très bien qu’elle doit le faire : c’est la raison qui parle, mais elle n’y arrive pas, car émotionnellement ce n’est pas « plaisant ».

Et là, c’est un peu la tuile, parce que :

Entre l’émotion et la raison, c’est toujours l’émotion qui gagne.

Alors avec Amélie, on a travaillé sur ce point pour mettre fin à cette sensation d’ennui à rédiger ses rapports et d’angoisse à ne pas facturer. Elle a trouvé le moyen de « leurrer » son cerveau en lui faisant comprendre que la rédaction du rapport est une question de bien-être économique, et une entreprise en bonne santé, c’est agréable.

(Je ne sais pas si vous avez fait attention, j’ai dit « bien-être » économique, et non pas « survie » économique, parce que le cerveau a aussi besoin d’être rassuré : bien-être = c’est cool, et survie = c’est tendu).

Elle a appris à « gonfler » l’émotion positive induite par la pensée de son entreprise qui marche, au détriment de l’émotion négative induite par l’ennui de la rédaction qui a peu à peu cédé du terrain.

Et vous aussi vous pouvez le faire.

Voici 7 suggestions pour vous améliorer.

1 – Analysez votre emploi du temps.

Gardez  à l’esprit cette information : votre cerveau vous leurre souvent parce qu’il économise son énergie. En effet, tout ce qu’il vous fait faire n’est pas forcément véritablement utile ou bénéfique. Reprenez l’ensemble de vos occupations, en vous questionnant : ce que j’ai fait là est-il vraiment utile ?

2- Identifiez les tâches qui ont une réelle valeur ajoutée pour la réalisation de vos objectifs et de votre survie « économique ».

Rédiger le rapport, prendre des rendez-vous avec vos prospects, respecter les deadlines… Apprenez à les poser dans votre agenda (fixez dans votre agenda le RDV « déclaration TVA », « rapport client X » par exemple en premier), le reste se fera après, vous allez être étonnés.

3 – Réalisez en quoi les tâches que vous jugez pénibles ont un résultat plaisant pour votre travail ou votre vie personnelle.

Entraînez-vous à vous rappeler à quel point c’est génial de les accomplir à temps. Pour Amélie, la déclaration TVA faite au bon moment, c’est une succession de pénalités en moins et donc du budget en plus. Ainsi, elle a pu financer une certification qui lui permettra de devenir formatrice, parce qu’elle adore transmettre son savoir-faire.

4 – Prenez l’habitude de ritualiser (même jour, même heure) un moment dédié aux tâches pénibles (les corvées d’abord) et prévoyez largement le temps.

Le rituel, les habitudes vont « rassurer » votre cerveau sur le fait que ce n’est pas « dangereux » pour sa survie énergétique. Car les habitudes sont des automatismes, très économes en carburant. Pour le cerveau, le carburant c’est le glucose, donc en plus, en travaillant sur votre procrastination vous éviterez de dégommer le paquet de biscuits au chocolat qui vous provoque à chaque fois que vous ouvrez votre tiroir. Je vous garantis que vous allez être étonnés de constater qu’elles ne prennent pas autant de temps que vous pourriez le penser.

5 – Ensuite, accordez-vous systématiquement ce temps imparti pour faire quelque chose de plaisant.

Sur le temps gagné (parce que je vous garantis que vous allez gagner du temps), vous allez pouvoir surfer sur les réseaux sociaux (et regarder des vidéos de chats si vous le voulez), lire un bouquin, marcher, faire du sport, écouter de la musique, méditer, prendre un café avec des gens sympas, passer un coup de fil à un être cher, faire du shopping etc… Le cerveau va « fusionner » la tâche barbante et l’occupation plaisante. Vous ne serez pas tenté de vous détourner de la première, puisqu’il « sait » qu’elle est toujours suivie d’un truc sympa (Pavlov sors de ce corps !).

6 – Ne vous tendez pas de pièges « numériques » inutiles.

Le cerveau produit à lui seul une quantité considérable d’occasions de détourner votre attention. Dès lors, supprimez toutes les notifications visuelles ou sonores de votre PC et de votre téléphone. Tout ça, c’est trop pour lui, pauvre petite chose, ça le met en surchauffe « pour rien ». Parce que chaque notification sonore ou visuelle signifie pour lui « alerte, va voir, c’est peut être grave ».

7 – Apprenez à faire la grève des mails…

Au moins pour le moment, consacré exclusivement à votre tâche barbante. Pour rappel, les mails remplacent les courriers papier d’autrefois, ce n’est pas un espace pour chatter. Cessez de prendre connaissance de vos mails au moment où ils arrivent, ça ne sert qu’à vous polluer la tête.

Bon, si vous faites ça, c’est déjà pas mal… On verra la suite au prochain épisode dédié à la procrastination, je peux tenir un siège avec ce sujet…

Si vous pensez que la procrastination nuit à votre réussite, visitez les Ateliers du Mieux Travailler, pour sélectionner la formation qui vous correspond. Vous serez  surpris de voir à quel point c’est efficace.

Sources Cerveau & Psycho  03/2009

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